Test d'été 100% Harlequin

  

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témoignages

Mercredi 19 mai 2010 3 19 /05 /2010 06:00

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  Quel incroyable destin que celui de cet homme, qui vécut dans l'ombre une bonne partie de son existence pour permettre à d'autres hommes de passer les frontières sans être inquiétés.
   Sa fille, Sarah, à travers les recherches  menées pour ce livre , va découvrir non pas son père mais un faussaire, amateur tout d'abord, pour les besoins de la Résistance, professionnel un court moment pour l'armée française et puis ensuite "free-lance" pour répondre aux besoins que sa conscience lui dicte de satisfaire. Lui-même dit que la fabrication de faux papiers ne lui est pas tombé dessus pas hasard. Il s'agit presque d'une vocation,  née d'une enfance où lui et sa famille furent "trimballés" de pays en pays avant d'obtenir la nationalité argentine.
" Si je m'applique à te raconter ces histoires de mon enfance, c'est parce que c'est  là-bas, en Turquie, que j'ai pris conscience de deux choses fondamentales, qui par la suite ont régi et conditionné la plupart des actes de résistance de ma vie. La première, c'est le pouvoir de l'argent et les injustices qu'il génère, et la seconde, c'est que sans papiers on est condamné à l'immobilité."
   Adolfo Kaminski est un homme d'idées, de convictions. Il met ses talents de chimiste et de bricoleur de génie au service de causes qu'il estime justes. Il aidera les juifs, qui à la fin de la seconde guerre mondiale, voulurent quitter les camps européens pour entrer clandestinement en Palestine. Il rêvait d'un état israëlo-arabe où le principe de laïcité permettrait la paix entre les peuples. L'avenir démentira ses belles idées.
 Il aidera les membres du FLN pendant la guerre d'Algérie, la colonisation lui apparaissant comme une forme moderne d'esclavage.
 Il aidera ensuite de nombreux ressortissants sud-américains ou africains à fuir leur pays sous le joug de gouvernements proches de la dictature.
Le lecteur n'adhère pas forcément à toutes les idées de cet homme mais son intégrité est indéniable, de même que sa soif de panser les plaies d'un monde toujours en guerre. Jamais il n'acceptera d'argent pour le travail effectué, de manière à garder son entière indépendance. Dans une époque où l'argent est devenu le veau d'or, cette attitude l'honore et confirme le caractère presque "sacré" qu'il donne à son engagement.
   Il sacrifiera d'ailleurs beaucoup à cet engagement. Les femmes qui l'accompagneront aux différents moments de sa vie devront toujours le partager avec la dernière "cause" pour laquelle il reprendra son activité de faussaire. Sa "profession" l'oblige à être un homme de l'ombre , à se tapir, et ses compagnes successives s'accommoderont mal de ce mode de vie. Je ne crois cependant pas qu'il regrette d'avoir choisi l'ombre et pas la lumière. Je lui laisse le mot de la fin.
" A ma façon, et avec les seules armes à ma disposition - celles des connaissances techniques, de l'ingéniosité et des utopies inébranlables-, j'ai pendant presque trente ans combattu une réalité trop pénible à observer ou à subir sans rien faire, grâce à la conviction de détenir le pouvoir de modifier le cours des choses, qu'un monde meilleur restait à inventer et que je pouvais y apporter mon concours. Un monde où plus personne n'aurait besoin d'un faussaire. J'en rêve encore."
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Par Armande - Publié dans : témoignages - Communauté : Livres
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Mercredi 24 mars 2010 3 24 /03 /2010 06:00
  Carla-Del-Ponte.jpg

Carla Del Ponte a eu la lourde charge de présider deux tribunaux pénaux internationaux, le premier concernant l'ex-Yougoslavie, le deuxième le Rwanda. Elle raconte avec une certaine amertume son parcours et surtout l'incroyable résistance du "muro di gomma", du mur en caoutchouc que les membres de différents gouvernements et de nombreux diplomates lui ont opposé.
" Lorsque vous adressez une requête  ou une demande délicate à des gens puissants, il arrive très souvent que vos propres paroles vous reviennent, comme si elles avaient rebondi sur un mur de caoutchouc. Vous avez l'impression d'entendre ce que vous aviez envie d'entendre. Vous pouvez même avoir le sentiment que votre initiative a enfin débouché sur du concret".
   Inlassablement, elle se documente  sur l'histoire des pays mis sur la sellette. Elle et son équipe ne s'arrêtent pas aux apparences, aux impressions mais essaient vraiment de déterminer les responsabilités de chacun dans les génocides perpétrés . Mais, une fois défini le rôle de chacun, elle se heurte à de nombreux obstacles : le peu de volonté de revenir sur le passé et de juger les coupables redevenus entre temps "d'honnêtes citoyens" ou la difficulté de faire extrader de "gros" bonnets ou des "leaders" restés charismatiques et aimés dans leur pays d'origine malgré le sang qu'ils ont sur les mains.
   C'est alors qu'elle se rappelle son enfance et les conseils de sa mère, à qui elle dédie ce livre "per mia madre, Angela". C'est dans son éducation qu'elle puise la force d'affronter les "puissants" et de faire entendre la voix de la justice.
"Elle me disait que si un jour je devais me battre, tant que j'étais sûre d'être dans le vrai et fidèle à moi-même, elle me soutiendrait. Elle m'a souvent répété cela. Au fil des ans, le simple souvenir de ces paroles m'a donné beaucoup de force".
Et de la force, Carla Del Ponte en a eu besoin pour supporter les pressions multiples qu'elle a subies. Mais son idéal la transcendait, je crois, de même que la volonté que les déchaînements de violence, qui font parfois douter que certains hommes aient une âme, ne restent pas impunis.
   Au final, le constat qu'elle dresse s'efforce d'être positif. Les tribunaux pénaux internationaux ont vu le jour et jouent leur rôle, même si ils ne disposent pas d'un pouvoir suffisant pour contraindre les gouvernement à coopérer pleinement.
   Elle s'est efforcée de traquer les génocidaires comme elle chassait les serpents quand elle était enfant. Il n'empêche qu'après la lecture de cette autobiographie, mon humeur était plutôt sombre, mon pessimisme naturel avait repris le dessus. La barbarie couve dans toutes les société, à nous citoyens, d'être vigilants...

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Par Armande - Publié dans : témoignages - Communauté : Livres
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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 06:00
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Le Grand Prix des Lectrices de Elle 2010 semble être placé sous le signe du communisme disséqué au scalpel : après Enfant 44  de Tom Rob Smith (un policier), Mausolée  de Rouja Lazarora (un roman), j'ai donc lu ce récit où l'auteur retrace l'épopée familiale de l'exécution de son grand-père lors des purges staliniennes, au combat de son père, Gallois, pour épouser Ludmilla, jusqu'à son propre séjour à Moscou dans les années 1990 en tant que journaliste.
   Owen Matthews accomplit dans ce livre un travail de mémoire. Il reconstitue la vie de son grand-père, Boris Bibikov, de son ascension fulgurante au sein du Parti au coup de revolver dans la nuque pour s'être rangé dans le camp de ceux qui émettaient des réserves sur les méthodes de Staline. Il finit broyé par un système dont il fut un pionnier enthousiaste, triste ironie du sort. L'auteur s'attache ensuite au destin de celle qui le mettra au monde, privée de sa mère à l'âge de trois ans. En effet, l'entourage d'un "traître" doit aussi être puni et sa grand-mère sera conduite au goulag peu de temps après la mort de son mari.
   S'en suit pour Ludmilla et sa soeur Lénina des années de survie dans une Russie où la Seconde Guerre Mondiale puis le strict régime communiste  ne parviennent pas à étouffer complètement leur soif de vie, de bonheur et de liberté.
   La vie de Ludmilla va basculer lors d'une rencontre... Elle fait la connaissance d'un jeune universitaire gallois, russophile, que le KGB tente de recruter : Melvyn Matthews. Celui-ci refuse la proposition des services secrets et il est contraint de quitter le pays. Pendant six ans, l'un en Angleterre, l'autre en Russie, ils vont correspondre pour garder ce lien né entre eux. Leurs lettres, souvent citées par l'auteur, sont émouvantes et donnent à voir l'absurdité de leur situation : deux amoureux qu'un système idéologique sépare sans raison réellement valable et qui entretiennent leur flamme du mieux qu'ils peuvent à travers les mots échangés d'un continent à l'autre.
   A travers ce récit,Owen Matthews part à la recherche des siens mais c'est surtout lui qu'il trouve. Il prouve, s'il est encore besoin de le prouver, que connaître son passé, c'est aussi se connaître, d'où l'importance de l'enseignement de l'Histoire. Il n'est pas inutile de le répéter dans ces temps de restrictions budgétaires où les élèves qui se destinent aux sciences n'auront bientôt plus d'Histoire au programme en Terminale...
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Par Armande - Publié dans : témoignages - Communauté : Chronique de nos lectures
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