Samedi 30 mai 2009
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La couverture d'un noir assez spectaculaire annonce bien la couleur de ce roman-fleuve. Si fleuve il y a, ses eaux sont bien sombres, corrompues par le sang que font couler les puissants :
Iraniens ou Américains. L'auteur, dans cette histoire, sonde le coeur de ceux qui font et défont l'Histoire et la Géographie du peuple iranien et la noirceur de leurs desseins
est terrible .
La géopolitique apparaît sous son jour le plus sombre. L'histoire se déroule essentiellement dans les années 50 et la lutte contre
le communisme au début du roman justifie toutes les exactions commises en commun par l'administration du Shah et les services secrets américains.
Sa plume ne se fait plus tendre que pour parler de ses frères de misère, quelques-uns fascinés par l'aura du pouvoir restent fidèles au
général Shâdân,malgré les rumeurs sur son existence dissolue.Celui-ci sévit dans la ville de Tanbriz où la population est à majorité azérie. Certains voit en cet homme
l'allié des Américains, perçus comme une force d'occupation. Un couple est même contraint de "vendre" son enfant à un jeune gradé américain stérile, cet "achat" se présentant sous
la forme fallacieuse d'un geste humanitaire. En effet, la famille de la petite fille vit dans le dénuement le plus complet.
Réza Barahéni multiplie les points de vue pour faire saisir au lecteur toutes les subtilités de cette période de l'histoire de son pays. Il donne la parole aux siens : interprète à
la solde des Etats-Unis ou marchand de savon, il la donne aussi aux Américains, par exemple au travers du journal du lieutenant-colonel Biltmore. Tous ces témoignages s'enchassent de manière
subtile pour dresser un tableau sans concession de l'Iran.
Cette construction à elle seule pourrait rendre le récit remarquable mais pas inoubliable. Ce qui m'a charmée, au sens étymologique du verbe, c'est l'art du conteur qui transparaît à
chaque page. Les personnages évoluent à la frontière entre la réalité et le mythe. Le général Shâdân, sa femme Soudâbeh semblent par moments tout droit sortis des récits les plus cruels
des "Mille et Une Nuits", que dire alors du loup du mont Sabalân, légende locale, qui dès les premières pages, prend vie pour donner la chasse et tuer un soldat américain.
Réza Barahéni écrit avec un style imagé, dont la beauté ne fait cependant pas oublier les cruautés d'une société où seuls les "Machiavel" s'en sortent.
Le lecteur sort ébranlé de ce roman, dont l'âpreté ne peut laisser indifférent.
Les mystères de mon pays est un bijou sombre : une obsidienne au mille reflets.
Je remercie Lilas Seewald et les éditions Fayard pour cette belle découverte.
Par Armande
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Publié dans : littérature iranienne
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Lundi 5 janvier 2009
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10:40
Difficile
de ne pas faire le lien dès le début de la lecture avec les bandes dessinées de Marjane Satrapi : les personnages sont issus du même milieu, la bourgeoisie aisée et l'histoire nous est contée par
les femmes. Les hommes évoluent en marge de cet univers exclusivement féminin où rires et pleurs alternent avec un cycle aussi immuable que celui des saisons. Il faut dire que nous sommes en Iran,
que si les femmes sont libres de leurs propos quand elles sont entre elles, elles portent quand même le foulard et ne sont pas à l'abri, au moment de faire leurs achats dans un centre commercial
d'une descente de la police des moeurs.
" - On met son voile ! Les femmes, par ici ! Tous les hommes dehors !
Les mains se précipitèrent sur les foulards, les têtes se tournèrent vers la sortie.
- La police des moeurs ! fit Ayed."
Le personnage principal Arezou est le pilier central d'une structure familiale réduite, son père adoré est décédé et à quarante et un ans, elle dirige l'agence immobilière laissé par
celui-ci. Elle doit entretenir sa mère Mah-Monir, surnommée Princesse qui pense que tout lui est dû, du fait de ses origines nobles, et que tout un chacun se doit de la choyer, de la consoler et
d'obéir au moindre de ses caprices. La description de son salon reflète assez bien son caractère.
"Des fauteuils en bois doré tendus de tissus aux diverses nuances de bleu pâle ou foncé étaient alignés dans le grand salon. Du feu crépitait dans la cheminée au-dessus de
laquelle était accroché le portrait d'une femme aux yeux bleus assise dans un fauteuil en bois doré. Chaque fois qu'elle évoquait ce tableau, la mère d'Arezou se passait la main dans ses cheveux
châtain clair et souriait de ses lèvres roses.
"- J'ai dit à Kasarian : "Maître, faites-moi des yeux bleus en harmonie avec les couleurs de mon salon !"
Elle réprimait un petit rire:
"_ Bleu et or : les couleurs royales !""
Arezou essaie aussi de ménager la susceptibilité d'Ayed, sa fille de dix-neuf ans, née de son union de courte durée avec un cousin germain Hamid, émigré en France. Ayed est en pleine crise
adolescente, elle veut être indépendante, partir faire ses études à Paris mais ne supporte même pas l'idée que sa mère puisse voir un homme et envisager de l'épouser. Elle est à cet âge où l'on est
pétrie de paradoxes et où l'on passe sans transition de l'humeur la plus joyeuse au plus sombre des désespoirs. Elle confie ses angoisses sur son blog, blog qu'Arezou consulte en cachette et qui
lui déchire souvent le coeur.
"Quand je relis ce que j'ai écrit plus haut, je me dis: "Pourquoi racontes-tu toutes ces choses sur ta mère ? Qu'est-ce qui te prend ?" Ce qui me prend, je pense, c'est que
je veux être libre, sans qu'il y ait constamment quelqu'un qui vienne me dire : "Tu as mangé ? Tu y vas ? Tu viens ? Fais ça ! Ne fais pas ça ! Comme dit Forough, je veux pouvoir me casser la
gueule, ou ne pas me la casser. Je veux avoir mal, ou non. Bref, si les mères n'étaient pas aussi emmerdantes..."
Et il y a Shirine, l'amie d'Arezou, dont le fiancé est parti depuis des année aux Etats-Unis et qui occupe son temps entre le travail à l'agence et des cours de yoga, de relaxation...Elle est
Arezou forment un substitut de couple mais sans les rapports de force qui existent dans les couples habituels. Ces deux femmes se connaissent par coeur et se protègent l'une l'autre de la
solitude.La scène suivante se déroule au marché, elles décident de manger des grillades de foie.
" Arezou prit une chaise à la table voisine.
- Je garde la table, toi, va commander. je ne prendrai que du foie. Bien grillé. Je ne veux ni rognons ni coeur.
Shirine écarquilla les yeux:
- Tu fais bien de me le dire !
(...)Depuis qu'elle connaissait Shirine, combien de fois avaient-elles mangé ensemble des grillades de foie ? Un nombre incalculable."
Ainsi tourne le petit monde d'Arezou jusqu'au jour où arrive Sohrab Zardjou, un client de l'agence qui tombe amoureux d'elle et lui fait une cour aussi patiente qu'intelligente. Mais c'est sans
compter Shirine, Mah Monir et Ayeh qui refusent avec véhémence l'entrée de cet homme dans leur gynécée...
Je ne vous raconte pas la fin de ce roman, d'ailleurs suffisamment ouverte pour que chaque lecteur puisse à sa guise imaginer la suite de la vie d'Arezou.
J'ai beaucoup aimé ce roman, j'aurais voulu aussi vous parler de Naïm et de Nosrat et du parfum enivrant des fleurs des glaces et des jacinthes mais à vous de les découvrir en ouvrant ce livre, une
porte ouverte sur l'Iran actuel.
Par Armande
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