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littérature irlandaise

Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /2010 06:00

le-testament-cache.jpg
Ma lecture a été laborieuse, très laborieuse et pourtant certaines pages sont absolument magnifiques et resteront gravées dans ma mémoire.
Je ne saurais expliquer pourquoi je suis restée en dehors de ce récit car le personnage principal Roseanne est  vraiment attachant. Nous la découvrons, âgée de 100 ans, dans un asile situé à Roscommon, petite localité irlandaise. Le lieu, vétuste, est voué à la démolition et le psychiatre, chargé de l'établissement, doit évaluer les malades pour savoir quels sont ceux qui sont susceptibles de retrouver leur place au sein de la communauté. Cette démarche a pour but avoué de "remettre en liberté " des patients victimes d'internement abusif. En réalité, le nouvel hôpital peut accueillir beaucoup moins de malades, il s'agit donc de ne garder que les "plus atteints".
A cette occasion, il va se pencher sur le cas de Roseanne, la doyenne, et tenter de comprendre les raisons de son internement plus de soixante ans auparavant. Le roman est formé des écrits de la vieille dame, qui veut coucher sur le papier sa version des faits et du carnet de notes du docteur Grene, le psychiatre en chef. Sebastien Barry fait se succéder ces deux points de vue : l'un et l'autre ont pour objectif de rendre compte du passé, de reconstituer l'existence de cette femme dont la vie fut jalonnée d'épreuves.
La vérité est bien difficile à obtenir entre les souvenirs de Roseanne qui dit elle-même ne plus pouvoir se fier à sa mémoire et les recherches du docteur qui s'appuient surtout sur le témoignage écrit du père Gaunt, un homme d'église dont les agissements et les motivations restent difficiles à comprendre.
A travers ces retours dans le passé, le lecteur découvre le quotidien d'une bourgade, Sligo,  entre la première et la seconde guerre mondiale. Roseanne, comme avant elle sa mère, y étouffe et n'arrive qu'imparfaitement à se glisser dans le moule convenu de la parfaite petite Irlandaise. C'est peut-être cette différence qui amènera à son internement, à son éloignement du "troupeau" comme si celui-ci craignait la contagion.
D'ailleurs les passages qui m'ont atteint au coeur sont ceux où s'expriment cette soif de liberté, ce besoin viscéral de s'écarter de la norme dans ce qu'elle a de plus sclérosant.
Au final, ce livre me laisse perplexe : le style m'a parfois rebutée à l'exception de quelques pages d'une extraordinaire poésie et la fin surtout m'a semblé invraisemblable.
Le personnage de Roseanne est tout de même très fort et mérite à lui seul que ce roman soit lu, pour avoir le plaisir de parcourir son "testament caché".
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Par Armande - Publié dans : littérature irlandaise - Communauté : Les lectures de Florinette
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Mercredi 28 janvier 2009 3 28 /01 /2009 18:12

Mon premier livre de la liste Blog o trésors

Il m'est difficile d'écrire sur ce roman  tant les entrées sont nombreuses :
-  parler de Rosie, de son blues de la cinquantaine et de sa recherche de ses racines
-  parler de Min, sa tante qui l'a élevée et qui à 70 ans, quitte l'Irlande pour vivre le "rêve américain"
- évoquer l'Irlande, ce pays où certains personnages dépérissent tandis que d'autres reprennent goût à la vie
- évoquer simplement le rapport quasi charnel que Rosie entretient avec la nature qui entoure Stonetown, le hameau familial.
Toutes ces approches sont intéressantes mais déborderaient largement le cadre d'une chronique sur un blog, où le format court reste le meilleur à mon avis.

Je ne parlerai donc que du projet "littéraire" de Rosie : rédiger dix pensées positives sur la cinquantaine !


Ce projet a germé dans l'esprit de l'héroïne alors qu'elle cherchait un livre pour sortir sa tante Min de la dépression. Sur Internet, elle avait même trouvé "une liste de bonnes résolutions à suivre pour maîtriser la dépression" et s'était empressée de les tester sur sa tante.

" J'ai commencé la leçon.
"Bon. Résolution numéro 1 : M'appliquer à exploiter mes forces et non à expier mes faiblesses.
- D'accord, a fait Min au bout de quelques secondes. Mais de quelles faiblesse elle parle, la personne qu'a écrit ça ?
- Toutes celles qu'on peut avoir. Quelles sont les tiennes ?"
Il y a eu une pause plus longue.
" Elle parle quand même pas de faiblesses, a repris Min d'une voix hésitante, comme, par exemple, ma faiblesse pour le beurre sur les patates ?
- Non, ai-je répondu. Je ne crois pas. Mais laissons celle-là, si tu veux, et passons à la suivante. Me demander chaque jour "De quoi ai-je besoin ? et faire un pas pour satisfaire ce besoin."
- En voilà une qui me plaît ! s'est-elle écriée avec enthousiasme. Disons que j'ai besoin d'emmener Bell  ( Il s'agit d'une chatte) chez le véto, je pourrai te demander d'appeler pour prendre rendez-vous !
- Bell a un problème ?
- Non . Pas vrai, Bella ? Ne te cache pas sous les draps, Bella. Viens ici que je puisse te voir.
(...)
Bref, voici la dernière résolution : Savoir dire NON, à moi-même parfois et aux autres bien plus souvent.
- Non, a fait Min.
- Non quoi ?
- Non à la bourrique qu' a inventé ces règles. Non elles valent pas un sou. Non je vais pas les suivre.
- Bravo ! ai-je crié en dansant autour du lit. Bien parlé, camarade !"

Rosie se met en tête d'écrire un recueil de pensées plus intelligentes que celles dénichées sur Internet et collabore avec un vieil ami ,Markey, devenu libraire en Amérique pour rédiger celles-ci. Elle lui soumet dans un mail quelques titres pour son futur "chef-d'oeuvre"

" De RosieB à MarkC (envoyé à 12h30)
Pourquoi pas "Réflexions d'une femme d'expérience sur la maturité ? Ou, comme je ne peux pas écrire ce qui précède sans chausser mes lunettes, Les  années douces-amères? Ou, si tu trouves ça trop sinistre, Le Manuel du bien vieillir ? Ou alors - pour jouer carte sur table - Savoir gérer la cinquantaine ? Dans un autre ordre d'idées, est-ce que Le Milieu du gué ne ferait pas un bon titre ? Après tout, ce qui caractérise ces années-là, c'est la conscience qu'on n'a plus toute la vie devant soi.

De MarkC à RosieB (envoyé à 12h40)
Laisse tomber la sinistrose européenne ! Encore un peu et tu citeras Sam Beckett. J'ai discuté avec les femmes qui servent le café dans le hall d'expo; elles ne sont plus de la prime jeunesse, mais elles disent qu'elles ne se sont jamais autant amusées. Il vaudrait mieux quelque chose du genre : 50 ans et plus : la chance de votre vie !"

Ce beau projet tournera court... pas tout à fait cependant car Rosie va percer dans le marché du torchon avec proverbes !  Ses pensées raccourcies et dopées à la joie de vivre vont orner les cuisines des ménagères américaines. Pour le coup, on peut vraiment parler de "littérature alimentaire". Mais qu'importe, en l'espace d'une année en Irlande, au fil des saisons, Rosie aura appris seule et parfois dans la douleur comment affronter la vieillesse à venir. Elle en est arrivée à cette magnifique conclusion.

 

" La pensée numéro 10 aurait dû porter sur l'amour. L'amour est central. Souviens-t'en, maintenant que, toi aussi, tu dois recommencer. Souviens-toi de la manière dont ils s'aimaient, de la manière dont ils t'aimaient, et songe à tous les types d'amour qui existent. Tu ne peux pas ravoir ce que tu as eu - rien de ce qui a été ne peut revenir à l'identique. Mais il n'y a pas que les papillons, les flocons de neige, les vagues ou les étoiles qui soient uniques dans leur multiplicité. L'amour que l'on donne et que l'on reçoit revêt une infinie variété de formes et de figures. Qui sait à quoi il ressemblera la prochaine fois ? N'oublie pas ça."

Par Armande - Publié dans : littérature irlandaise - Communauté : Les lectures de Florinette
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Vendredi 14 novembre 2008 5 14 /11 /2008 12:38
Roddy Doyle a écrit un récit poignant, qui m'a émue jusqu'aux larmes. Paula Spencer, jeune femme dublinoise, mère de quatre enfants, régulièrement battue par son mari, apprend que celui-ci a été abattu par la police lors d'une prise d'otage qui a mal tourné. Elle se retourne vers son passé et de dénis en confidences nous raconte son long calvaire qui a duré dix-sept ans. Elle aurait tellement voulu que sa famille, ses amies, le personnel hospitalier la questionnent sur ses multiples blessures mais cela n'arrivait jamais comme si la violence dont elle était victime ne concernait personne, à part elle.
"Questionnez-moi. Questionnez-moi. Questionnez-moi.
Allons-y.
Nez cassé. dents déchaussées. Côtes fêlées. Fracture du doigt. Yeux au beurre noir. Je ne sais plus combien; une fois, j'en ai eu deux en même temps, l'un qui s'estompait, l'autre tout frais. Epaules, coudes, genoux, poignets. Points de suture dans la bouche.Points au menton. Un tympan crevé. Brûlures de cigarettes sur les bras et sur les jambes. Il m'a bourrée de coups de poings, de coups de pied, il m'a bousculée, brûlée.(...) Il a tué des parties de moi. Il a tué la plus grande partie de moi. Il m'a tuée tout entière. Contusionnée, brûlée et brisée. Envoûtée, tourmentée, abrutie. Dix-sept ans de calvaire. Il n'a jamais arrêté. Les mois défilaient et il ne se passait rien, mais c'était toujours latent-la promesse qu'il allait arrêter."
Comme souvent chez les femmes battues, elle pense au départ qu'elle est responsable de la violence de son mari et se sent coupable de la déclencler. Paula persiste aussi à croire que malgré les coups qu'il lui assène, il l'aime.. Un jour, cependant, elle se décide à le chasser se transformant en furie car Charlo a porté un regard sur Nicola, leur fille aînée qui lui laisse penser qu'à présent, il va aussi s'acharner sur leur enfant. Qu'il la frappe, elle l'accepte mais pas ses enfants ! Son regard  par la suite évolue sur le mécanisme de la violence.
"On ne peut pas aimer quelqu'un un instant et, celui d'après, le battre, et puis de nouveau l'aimer, une fois que le sang est nettoyé"

Un autre aspect du livre m'a beaucoup touchée, c'est le rappport que Paula entretient avec les livres et la littérature. Elle ne commence à faire la lecture à Jack son petit dernier que parce qu'elle a vu une publicité où un père et son fils, blottis l'un contre l'autre, lisaient un livre. Jamais autrement l'idée ne lui serait venue de lire avec Jack "Winnie l'Ourson"
"J'y prends plus de plaisir que mon pauvre petit Jack. Je le trouve carrément rigolo. Le monde qui lui sert de décor, c'est merveilleux. Jean-Christophe organise toujours des fêtes. C'est bon pour lui, le petit sacripant; il n'a rien à payer"
Paula voue une vénération aux livres qui la pousse à sauver de la poubelle les romans qu'elle trouve dans les locaux où elle fait le ménage. "Plusieurs fois, j'ai trouvé des livres dans des corbeilles. La première fois, je n'en croyais pas mes yeux. Un livre! Jeté aux ordures! Un pavé de cinq cents pages. Danielle Steele. C'était de la merde mais j'ai adoré. Maintenant, j'en ai sept dans ma chambre, rangés par ordre alphabétique. Tous sauvés de la corbeille."

A la fin du roman , le lecteur ignore si Paula, la courageuse, Paula qui s'est toujours relevée de terre après avoir été battue, trouvera le courage d'arrêter l'alcool (qui lui a permis d'endurer toutes ses souffrances) et saura se reconstruire. Devenir autre chose qu'une femme qui se cogne dans les portes, devenir Paula Spencer, femme au grand coeur qui mérite qu'on l'aime et qu'on la respecte.
Par Armande - Publié dans : littérature irlandaise - Communauté : Chronique de nos lectures
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Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /2008 14:50
    Autant le dire tout de suite, le personnage de Chicago May, jeune irlandaise qui s'expatria en Amérique en 1890 et devint tour à tour (quand elle ne pratiquait pas toutes les activités en même temps), voleuse, prostituée, danseuse, braqueuse et pendant un court laps de temps épouse d'un fils de famille atteint de maladie mentale, ne m'a pas tellement émue.      
   En revanche, les descriptions que l'auteur peut faire des prostituées sont aussi poignantes que révoltantes. Le lecteur oscille entre la nausée et la colère : nausée quand il constate la dégradation des corps et des esprits,  colère quand il remarque avec amertume l'indifférence de la bonne société de l'époque face à ce phénomène.
   Plus que Chicago May, c'est Nuala O'Faolain que j'ai cherchée tout au long du livre. Ses réflexions au début du roman sur l'attirance du biographe pour son sujet et la difficulté de rester sur le fil entre la reconstitution fidèle d'une existence (par essence impossible) et l'inévitable implication du biographe qui va imprimer , même sans le vouloir, son jugement sur les agissements de la personne qu'il veut faire revivre, m'ont beaucoup intéressée. Ce livre, en fait, m'a donné envie de découvrir l'auteur à travers d'autres de ses romans.

"J'étais troublée de commencer à m'intéresser autant à May avant d'avoir la moindre information de première main à son sujet, puisque je n'avais pas encore lu son livre. Déjà, quelque chose en moi essayait de m'enrôler. Quelque chose qui tenait plus de l'impulsion que de la raison m'incitait à prendre sa défense, à rouvrir le dossier la concernant, à faire réexaminer son cas. la plupart des êtres humains n'avaient jamais fait l'objet d'une étude détaillée. Mais si l'on ne pouvait plus rien pour eux, il se trouvait que May, elle, avait vécu à une époque où un large public savait lire et écrire - un public qui voulait éprouver un frisson par procuration, grâce au crime comme les publics l'ont toujours fait.(...)
Si je devais refaire le récit de sa vie, j'aurais plusieurs avantages naturels. J'étais irlandaise, comme elle. J'étais une femme, et une femme qui, comme elle, n'avait jamais été mère. Que nous ayons toutes deux écrit nos autobiographies était sans nul doute dû à cela - au fait que nous n'avions pas accompli le travail de mère, ou que nous ne nous étions aucunement appliquées à ce que l'Eglise catholique de son enfance et de la mienne considère comme "les devoirs de notre passage dans cette vie".
   Et nous avons toutes les deux vu l'Amérique comme un lieu de métamorphose. Elle s'y rendit quand elle était jeune; j'y étais allée en visite de temps en temps dans l'espoir d'opérer un changement sur moi-même et, maintenant, il se trouvait que j'y avais de forts liens. Les biographes orthodoxes ne parlent jamais des raisons personnelles qui les poussent à s'embarquer dans tel ou tel travail. Ils se présentent comme de purs esprits. Mais moi, j'attachais de l'importance au fait que May avait passé une grande partie de sa vie aux Etats-Unis, que son livre se trouvait dans une bibliothèque de New-york et j'avais fait de nombreux sauts à Brooklyn ces dernières années pour séjourner auprès d'un ami et de sa fillette. Maintes et maintes fois j'avais failli m'engager vis-à-vis d'eux, avant de reculer et de revenir en Irlande. Si je suivais May, je serais là où je devais être - là où se trouvait la question sans réponse de ma vie".
Par Armande - Publié dans : littérature irlandaise - Communauté : Chronique de nos lectures
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