

Sélection du Prix Elle pour le mois d'avril
Romans
La théorie du moustique de Nancy Werlin (Editions Nil) lu
Une année étrangère de Brigitte Giraud (Stock) lu
Les saisons de la solitude de Joseph Boyden (Albin Michel) lu Coup de
coeur
Documents
La traque, les criminels et moi de Carla del Ponte (Héloïse d'Ormesson) lu ( de quoi
vous plomber durablement le moral..)
Une vie de faussaire de Adolfo Kamnsky (Calmann Levy) lu
Policiers
Souvenez-vous de moi de Richard Price (Presses de la Cité) lu coup de coeur
Epouses et assassins de Kwei Quartey (Payot ) lu

Lecture pour le 1er mars (lu)

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Je suis jurée pour le mois d'avril du Grand Prix des Lectrices de Elle.

Je suis un maillon parmi 26 de la chaîne de livres initiée par Ys. J'ai apporté ma contribution sous la forme d'un coup de coeur "La colère des aubergines" de Bulbul
Tarma.


J'émergeais difficilement de la brume. Le mélange bourbon - tabac avait une fois de plus fait des ravages. La nuit était visiblement tombée sans que je ne m'en aperçoive et le clignotement des néons de la rue qui illuminaient par intermittence l'intérieur de mon bureau me donnait une migraine épouvantable, comme celle que j'avais eu lorsque les gros bras d'un caïd local m'avaient sans aménité caressé le cuir chevelu à coup de pelle et logé dans le corps une balle qui m'avait empêché de m'asseoir pendant plusieurs semaines. Il faut dire que ce soir là , j'avais eu la bêtise de sortir sans mes copains Smith et Wesson. Faut toujours être accompagné. Mon vieux m'avait dit un jour que j'aurais plus vite du plomb dans le cul que dans la tête. A croire qu'il n'avait pas tort. Les vieux on ne les écoute jamais quand on est jeune et c'est souvent trop tard quand on s'en rend compte.
Je m'apprêtais à me saisir de la bouteille aux trois quarts vide posée sur le fatras qui recouvrait ce qui me servait de table de travail, lorsque que je réalisai qu'on toquait de manière décidée à ma porte. Alors que je cherchais péniblement un peu de salive pour humecter mon palais tout en essayant de bredouiller une réponse indiquant que je voulais qu'on me laisse en paix, la porte s'ouvrit, laissant entrer en trombe ce que je reconnus comme étant la môme Armande.
« Salut mon chou. T'as pas l'air frais » dit-elle après avoir allumé une lumière qui dans mon souvenir n'était pas aussi violente. Le flash de la bombe d'Hiroshima aurait fait lumière d'ambiance à côté de celle de ce p... de plafond !
Cette poupée avait toujours été clairvoyante à mon sujet, mais à ce moment, je devais avouer qu'elle n'avait pas trop à se forcer. J'étais vraiment dans le coaltar. Elle avait sûrement un truc à me demander et j'avais intérêt à sortir de ma torpeur vite fait pour ne pas me faire embobiner. La môme était journaliste au « Trégor chronicle » et était toujours à l'affût de ce qui se passait en ville. Elle savait que j'avais le pif pour fouiner dans les quartiers les plus louches et trouvait toujours le moyen de m'y envoyer fureter. De fait, elle était toujours en possession de scoops à faire pâlir d'envie tous les gratte-papier de son canard.
Entre elle et moi, c'était une histoire vieille de quinze ans. Je l'avais dans la peau et je ne pouvais pas me passer d'elle. Elle le savait. Elle savait surtout y faire avec moi pour que je ne lui refuse rien. Il faut dire qu'elle avait dans son corsage deux arguments auxquels je ne résistais jamais. Elle s'assit en face de moi en croisant les jambes et me dévisagea. Bien qu'à demi-comateux, je sentais dans son regard que le jugement qu'elle allait rendre allait m'envoyer directement à Alcatraz .
« Mon chou, j'ai une affaire pour toi » se contenta-t-elle de dire.
Je la connaissais bien. Elle n'avait fait aucun des commentaires auxquels je m'attendais, il y avait à coup sûr une arnaque qui se préparait.
« J'ai des infos sur un de tes confrères. Je t'ai préparé un topo mais j'aimerais que tu enquêtes là -dessus pour les confirmer ». Alors qu'elle se penchait pour plonger la main dans son grand sac afin d' y récupérer les documents en question, je plongeais de mon côté les yeux dans son décolleté dont bizarrement les premiers boutons étaient défaits. Elle releva alors les yeux vers moi et me regarda en souriant. J'étais ferré.
Je pris le dossier. Sur la couverture était écrit « Une tombe accueillante ». Tout un programme. Je m'allumai une sèche pour retrouver un semblant de vivacité intellectuelle et compulsai le topo en question.
Le confrère s'appelait Lincoln Perry. Un ancien flic devenu privé.
L'avocat Alex Jefferson s'était fait refroidir. Contacté par la veuve de celui-ci, Perry s'était vu confié la charge de retrouver le fils de l'avocat, qui avait coupé les ponts avec sa famille, pour lui annoncer qu'il héritait de dollars par millions. Une affaire simple. Pas de quoi s'en relever la nuit. Seulement voilà , le Perry, s'était fait embarqué dans une affaire aussi peu claire que mon esprit au réveil d'une nuit bien arrosée. L'avocat, il le connaissait bien et sa veuve, encore plus. C'était son ex fiancée, Karen, et le Jefferson la lui avait soulevée. A l'époque, Perry l'avait rossé. Normal. Suspecté dans un premier temps par l'inspecteur Targent d'avoir buté son ancien rival, Perry avait eu par la suite bien du mal à retrouver le rejeton. A partir de là , tout était parti en vrille et l'enquête avait viré au cauchemar.
J'avais déjà été rencardé sur ce Perry par un jeune type nommé Michael Koryta. Un gars qui crèche une partie de l'année dans l'Indiana. Un privé lui aussi et diplômé d'une école supérieure de criminologie. Un bon dans son domaine qui s'était mis à écrire des bouquins. Son premier avait été publié alors qu'il n'avait que vingt ans. Considéré comme faisant partie des meilleurs par des pointures comme Connelly et récompensé par le Los Angeles Times . Meilleur thriller de l'année y paraît.
Le Perry était toujours dans des coups pas possibles : des affaires de meurtre et d'incendie criminel, d'enlèvement et de mafia russe. Il naviguait dans l'univers noir qu'on connait bien nous autres les P.I. Heureusement, il n'était pas tout seul à démêler ces histoires. Mais cette fois, son pote Joe avait dû le laisser en partie se débrouiller à cause d'une blessure dont il était mal remis.
Je refermai le dossier et écrasai une énième cigarette dans un cendrier qu'il était plus que temps de vider. Armande était toujours assise dans le fauteuil en face de moi. Elle joua de ses longues jambes dont elle inversa la position. Ses mains s'affairèrent sur les boutons situés au bas de sa chemise.
« Tu es en meilleure forme mon chou ? » me demanda-t-elle lascivement.
J'éteignis la lumière et m'abandonnai sans résistance.
Les gens des Côtes d'Armor ont dans les textes la chaleur qu'ils n'ont pas dehors.
Monsieur la moitié d'Armande, vous avez un joli brin de plume, ne le gâchez plus à annoter des copies de maths, écrivez un polar!
Et je vois qu'on est passé au 1/2...
Plus sérieusement, j'ai aussi parlé de ce livre et signalé dans mon billet en lien un spécial Armande qui vaut le détour...
On sent le vécu!
Et oui, dans le privé on s'y connait question déluge...